Y a-t-il un instrument dans l'avion ?

Un texte européen pourrait réglementer le transport aérien des instruments de musique. Et mettre fin aux mauvaises surprises.

 

Le 5 février, le Parlement européen a adopté une mesure prévoyant qu’« un transporteur aérien indique clairement, lors de la réservation et dans ses conditions contractuelles, les modalités de transport des instruments de musique ».

Cette résolution législative, portant plus largement sur l’indemnisation et l’assistance des passagers, détaille l’information préalable dont le voyageur doit disposer : dimensions des emplacements où ranger les instruments en cabine, possibilité de réserver en ligne un éventuel deuxième siège pour l’instrument, étiquetage spécifique et température satisfaisante en cas de transport en soute.

Sanglots longs des violons

« Les musiciens - justifie Georges Bach, eurodéputé luxembourgeois, rapporteur du texte - se plaignent d’un traitement différent d’un aéroport à l’autre, d’une compagnie à l’autre. » Le traitement serait également variable au sein d’une même compagnie.

La mésaventure du Quatuor Voce lors d’un Paris-Florence (interdiction inattendue de prendre en cabine les étuis des violons et altos, sous prétexte de leur taille) avait ainsi suscité un «buzz» et menacé les précieux instruments, exposés le soir même à l’air libre à l’arrivée sur le sol italien, par 2° C. Au retour : même trajet, même compagnie et… « aucun problème », témoigne le musicien Guillaume Becker.

Règles changeantes

Ce qui génère du stress, c’est l’imprévisibilité : le fait de ne jamais savoir à quoi s’attendre et d’être soumis au bon (ou mauvais) vouloir du personnel, parfois moins favorable que les règles de la compagnie.

Le flou sur le coût et les modes de transport des instruments frappe les musiciens, mais aussi les organisateurs de concerts et les directeurs de production dont les budgets prévisionnels, calculés « à l’euro près », vacillent si les règles changent à la dernière minute, note Catherine Desbordes, déléguée générale de la Fevis.

Des solutions existent pourtant, telle une convention pour les vols intérieurs aux États-Unis dont le rapporteur Bach dit s’être inspiré. L’élu se félicite de la position « ambitieuse » du Parlement européen, alors qu'à l'origine le transport des instruments ne constituait « pas un problème » aux yeux de la Commission européenne. Le lobbying des musiciens et de leurs employeurs, via la FIM et Pearle, a visiblement payé.

Application en 2015 ?

Mais rien n’est encore fait, et Georges Bach table sur une mise en application des règles en 2015.

Mais de quelles règles, au final ? Le lobbying des compagnies, l’apparente frilosité de l’Allemagne et surtout celle du Royaume-Uni, selon lequel la liberté commerciale pâtirait de la moindre contrainte, pourraient conduire à modifier le texte actuel. Peut-on concilier les intérêts d’une industrie et ceux de ses clients ? Telle est la question.

Sièges à prix réduit

Le Conseil européen des ministres des Transports pourrait aborder le sujet le 5 juin. « Nous souhaitons le convaincre que ces mesures ne créent ni complication ni surrégulation, puisque certaines compagnies les appliquent déjà », confie Benoît Machuel, secrétaire général de la FIM.

Interrogé sur le coût controversé du transport de certains instruments, Ryanair nous a – en ce qui la concerne - simplement renvoyés vers son « très clair » (dixit) site Internet.

De son côté, Air France souligne que pour les gros instruments, « le prix d’un siège supplémentaire est minoré de 20 % du tarif hors taxes d'aéroports ». Parmi les instruments transportés en 2013 par cette compagnie, 1 333 d'entre eux - supérieurs à 300 cm (total de leurs trois dimensions) ou 32 kilos, comme des violoncelles ou des contrebasses - ont voyagé en cabine, sur leur propre siège.

— Mathieu Hautemulle

Photo à la Une : dmuth CC BY-SA 2.0

Le 18 Février 2014 par Mathieu Hautemulle

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