Retour de Trans'

Malgré la présence de Stromae - joli coup réalisé avant la mania - les Trans Musicales étaient cette année encore placées sous le signe de la découverte et de l’éclectisme.

Il était 1 h 30 le dimanche 8 décembre. Dans le hall 2 du parc expo de Rennes se tenait la conférence de presse de clôture des Trans Musicales, au rythme de la pulsation sourde issue du hall adjacent où se produisait Daughn Gibson beau gosse ricain à l’americana digne d’une BOF d’un film de Tarantino. Une jeune festivalière s’adresse à Jean-Louis Brossard, le directeur artistique des « Trans » depuis leur création : « quelle couleur musicale préférez-vous dans vos programmations : le rock, l’electro, la world ou le groove ? » « Je ne programme que ce que j’aime » répond le DA, un peu cramé après quatre nuits de concerts.

Et c’est tout le charme de la programmation du festival dont la 35e édition s’achevait le soir même. Un joyeux foutoir Trans-genres où même le disco s’invitait cette année avec Escort,  mix vintage de Chic et Kid Créole.

Stromae en tête d’affiche

 
La programmation bigarrée attire bien tous les publics et tous les âges. Stromae, signé en mars - soit quelques semaines avant la mania déclenchée par le jeune Belge - éclipse le reste de la programmation du vendredi. Il contrevient, en quelque sorte, à l'antienne d'une direction artistique dédiée à la découverte de nouveaux talents. Bien des fans seront restés dehors dans l’attente d’un hypothétique billet, et repartiront sans voix.

«La voix, jauge de crédibilité de cette 35e édition»

La « voix » qui demeure la jauge de crédibilité de cette 35e édition. Tantôt magnifiée, tantôt éreintée, elle défaisait cette année encore quelques réputations : la psyché-disco-pop de Moodoïd s'effondre sous les harmonies vocales décalées et ineptes de son chanteur Pablo, tandis que La Yegros, belle machine electro-cumbia - peine à séduire, tant le chant strident de Mariana Yegro contraste avec un groove basse batterie, prompt à terrasser le plexus des spectateurs des premiers rangs.

Un Danny De Vito survolté

Bien plus subtil, le chant d'Hannah Reid, de London Grammar a conquis les Trans. Grave et chaud, il aurait mérité un écrin plus délicat que ce hall d'exposition où les mélodies « ambient » du groupe anglais se sont un peu dispersées.

Un hall rapidement réchauffé en fin de nuit par Har Mar Superstar, le groupe d'un New Yorkais fantasque passionné de pop soul. Physiquement, Sean Tillmann tient plus de Danny De Vito que de Michael Jackson. La quarantaine bedonnante, il sautille, tournoie, tombe la veste puis le tee-shirt pour exhiber fièrement son ventre rond. Sa superbe voix est portée par un trio  basse-batterie-guitare impeccable. Sur Lady You Shot Me, on croirait entendre Otis Redding.


Ses incursions dans la variété 70’s-80’s sont moins convaincantes, notamment lorsque Tillmann s'approprie le mélancolique Alone Again Naturally de Gilbert O'Sullivan, en le noyant de synthés eighties.
Har Mar Superstar revient en France au mois de février prochain, pour une tournée de petites salles où le quatuor devrait étinceler.

De quoi rester sans voix.

— Philippe Bihan

Crédit photo :

Moodoïd ©Jerome Walter Gueguen

London Grammar Press Shot

Le 31 Janvier 2014 par Philippe Bihan

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