Quand l'oud dénoue ses cordes

Le 12 septembre au Trianon (Paris), le compositeur tunisien Anouar Brahem mêlera la musicalité de son oud à celles des instruments à cordes de l’Orchestre national d’Ile-de-France, déterminé à ne jamais figer le programme. 

Le spectacle « Souvenance » associe votre quartet et les cordes de l’Ondif. Une formation assez nouvelle pour vous ?

Cette incursion dans la musique « écrite » est en effet une forme de défi, car j’ai beaucoup plus l’habitude de collaborer avec des musiciens venant du jazz et des musiques improvisées. Néanmoins, le programme n’a rien de figé car chaque orchestre apporte sa pâte sonore. Il est en ce sens très intéressant de chercher à chaque représentation une nouvelle fraîcheur, de faire sonner le projet comme si c’était une première fois.

D’où est née cette envie de composer pour orchestre à cordes ?

En 2011, j’ai été très préoccupé par les événements politiques en Tunisie1 qui m’avaient coupé toute inspiration. J’ai arrêté d’écrire pendant une assez longue période. Quand j’ai repris, j’ai eu envie de quelque chose de différent, d’une texture sonore nouvelle. J’ai laissé tomber les ébauches sur lesquelles j’avais travaillé et j’ai commencé à écrire pour piano et cordes, avec dans un coin de ma tête le désir non avoué d’y intégrer le quartet de mon précédent projet « The astounding eyes of Rita ».  C’est donc assez naturellement que se sont greffés la clarinette, la basse et l’oud, même si en tant que compositeur écrire pour mon instrument n’est pas une priorité.

Vous avez enregistré « Souvenance » pour ECM, label que dirige Manfred Eicher, avec qui vous collaborez depuis 25 ans. Quelle est son implication en studio ?

Nous partageons une grande complicité artistique. Son rôle est essentiel, il a une écoute très fine et prodigue de précieux conseils. Pour cet album en particulier, j’ai voulu qu’il écoute des maquettes avant de se lancer. Malgré des esquisses plutôt approximatives, il a tout de suite été emballé. Il sait déceler le potentiel d’un projet, c’est sa force. Le travail en studio a été très intense, avec d’ultimes retouches sur les partitions de cordes portées pendant les séances d’enregistrement…

L’expérience vous a-t-elle donné d’autres idées ?

Maintenant que le programme a tourné, que j’ai apprivoisé ce travail avec les cordes, je suis intimement convaincu que mes esquisses du début n’étaient pas qu’une simple fantaisie ! C’est un enchantement que d’être enveloppé par le son d’un orchestre à cordes, de se laisser embarquer… alors oui, forcément, ça donne au moins des envies, à défaut d’idées concrètes : j’ai été très pris par les concerts et l’enregistrement en studio, mais j’ai désormais plus de temps pour penser aux futurs projets.

 

— Hannelore Guittet

1 – La « Révolution de jasmin », partie de Sidi Bouzid en décembre 2010, a conduit en janvier 2011 au départ du président Ben Ali, au pouvoir depuis 1987.

Crédit Photo : Adel Brahem CC BY -SA 3.0

 

Le 3 Septembre 2015 par Hannelore Guittet