Portrait orienté

Tiraillé entre le biopic et l’autobiographie, le portrait de Rachmaninov par Lounguine peine à convaincre.

Rachmaninov, film de Pavel LounguineSorti en Russie en 2006 et aujourd'hui en DVD, Rachmaninov - faux biopic d'un cinéaste reconnu par ses pairs et au discours très personnel - dresse un portrait mitigé du pianiste et compositeur. Même le générique de fin nous informe que le personnage principal et les événements relatés ne sont pas censés représenter une personne en particulier. Surprenant désaveu.

Nostalgie

Originellement - et plus justement - intitulé « Les Lilas », ce film développe des thèmes et réflexions dont le sujet principal semble finalement être le prétexte.
 Dans une mise en scène soignée, Lounguine débute le film sur la tournée de Rachmaninov aux États-Unis sitôt après  son exil de la Russie, en pleine Révolution. Un climat empreint de nostalgie,  de regrets pour l'ancienne Russie, s'installe alors pendant tout le film focalisé  sur les dépressions et les frustrations du compositeur - pianiste malgré lui, galérien de la musique - contraint à de monumentales tournées.

Indécision

Au fil de l'histoire considérablement remaniée et déformée par de multiples retours en arrière, on comprend que le cinéaste met beaucoup plus de lui que de Rachmaninov dans cette fable sur la création pas tout à fait assumée. Cette nostalgie de l'ancienne Russie est un de ses thèmes de prédilection. Il est dommageable  que l'image du musicien soit si mal servie. Lounguine n'a pas pris de vraie décision : trop d'éléments de la vie de Rachmaninov  pour pouvoir nier en toute impunité qu'il  s'agit de lui, et pas assez de ce qui a fait et fera toujours sa grandeur malgré ses errances et ses douleurs. On attend jusqu'à la fin de voir cette dimension noble et spirituelle qui lui fit écrire des œuvres comme L'Île des morts.

Peu de musique

De la musique enfin, peu de choses dans ce film. Lounguine ne lui fait pas jouer le rôle qui devrait lui être dévolu. Et c'est peut-être sa plus grande faiblesse : peu d'œuvres,  toujours les mêmes, et pas nécessairement les plus grandes. En somme, ce film est une réflexion sur le temps qui passe et ne revient pas... et les lilas...

— Laurianne Corneille

Le 16 Février 2015 par Laurianne Corneille

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