Marguerite fait couac

Fondé sur la vie de la Jenkins, Castafiore américaine à la fausseté grandiose, le film de Xavier Giannoli n’a malheureusement pas l’énergie de son modèle. Hormis quelques passages amusants, il plonge le spectateur dans un ennui… majeur.

Florence Foster Jenkins n'en finit décidément pas de fasciner... Après avoir supposément inspiré à Hergé le personnage de Bianca Castafiore, la cantatrice américaine à la voix de crécelle colonise YouTube et les réseaux sociaux, au prix d’une étonnante gloire posthume.

Reine de la nuit…

Après plusieurs pièces de théâtre1, le cinéma se penche à son tour sur le destin de cette passionnée de chant lyrique. Catherine Frot lui prête ses traits dans le film Marguerite de Xavier Giannoli, sorti le 16 septembre. Rebaptisée Marguerite Dumont, la riche héritière organise dans ses salons des concerts caritatifs où se presse tout le gratin, peu dupe de son incapacité à chanter juste. Les enregistrements originaux de Florence Foster Jenkins attestent que la scène d'ouverture du film - hilarante, où Marguerite Dumont massacre l'air de La Reine de la nuit de Mozart - n'a rien d'exagéré. Catherine Frot excelle dans ce rôle, à la fois drôle et touchante dans sa passion sincère et sa quête permanente de la reconnaissance de son mari, bien peu admiratif de ses singuliers talents. Plus loin, l'interprétation de Voi chi sapete, extrait des Noces de Figaro, déclenche elle aussi les rires.

… et de l’ennui

Hélas, pour le reste, on s'ennuie, beaucoup. Xavier Giannoli, comme embarrassé par le destin de son héroïne, peine à construire un scénario digne de ce nom. Le film s'embourbe dans des transitions désespérément statiques (à l'image de ce plan sur le lustre ballotant de droite à gauche dans le beau salon de Madame) ou à l'inverse brutales (par le biais d'un chapitrage grossier matérialisé par l'incrustation de cartons). Les dialogues manquent eux aussi cruellement de rythme, servis par des personnages tous plus caricaturaux les uns que les autres : du prof homo vulgaire (Michel Fau) au nain claqueur de salle, en passant par la femme à barbe et le majordome noir, sans oublier le critique parisien qui en pince pour la jeune et jolie étudiante, toujours suivi de près par son fidèle ami, poète italien avant-gardiste affublé d'un monocle et d'un accent outrancier... la galerie foraine finit par agacer.

Sauvée par Stephen ?

Centré sur la stupéfaction des uns et des autres à l’égard de sa nullité absolue, le film échoue à donner du corps – et du cœur - à la pauvre Marguerite. Peut-être faudra-t-il attendre 2016 et le biopic de Stephen Frears pour trouver dans l'interprétation de Meryl Streep une Florence Foster Jenkins un peu plus consistante ?


— Hannelore Guittet

 1- Dont Lady Florence d'Alain Tronchot, récemment chroniqué dans ces colonnes : http://nomadmusic.fr/fr/webzine/all-by-myself

Le 18 Septembre 2015 par Hannelore Guittet

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