Lizün nouvelle

Nosfell, chanteur et musicien protéiforme, inventeur du klokobetz - langue imaginaire d'un pays qui l'est tout autant -, séduit dans les rôles les plus variés : compositeur de BO, danseur « endiablé », dramaturge performeur et même traducteur de Goethe ! Dix ans après ses débuts, la musique - lizün en klokobetz - demeure au coeur de tous ses projets.

Nosfell

Depuis notre entretien pour la sortie d’Amour massif (1), tu n’as pas chômé…

Non. Je suis content : la tournée se passe bien, j’ai encore quelques dates en quinconce avec le spectacle de Philippe Découflé, Contact, dont je viens de finir l’album de la bande originale avec Pierre Bourgeois. Je pense arrêter la tournée d’Amour massif cet été et ensuite, à l’automne, je vais commencer à tester de nouvelles musiques en vue d’un prochain album.

Dans Contact, tu joues et tu chantes, mais tu danses aussi. Est-ce une voie que tu as envie d’explorer ?

C’était un peu la condition sine qua non pour que je reste dans la compagnie : m’amuser à faire des  choses que je ne fais pas dans les concerts. J’ai un petit rôle - une espèce de Méphistophélès -, je change de costume ; c’est assez amusant. Je prends beaucoup de plaisir à jouer ce spectacle.

Apprécies-tu de travailler au sein d’une compagnie ?

J’aime bien, même si je suis assez solitaire - aux prises avec cette propension à me renfermer. Je fais de la musique pour essayer d’être une meilleure personne, rencontrer des gens et partager. Donc, oui.  A plus forte raison, le fait d’être dans cette compagnie - d’autant plus  que ma compagne y danse aussi - c’est un peu comme une grande famille, c’est un équilibre dans ma vie qui me fait du bien.  Je défends ma musique dans un cadre complètement différent, ce que je ne pourrais pas développer tout seul.

Le 4 mars, tu donnes un concert au Trianon pour tes dix ans de carrière…

Je ne suis pas vraiment carriériste, alors je préfère dire que c’est pour les dix ans de mon premier album. Je suis attaché à tous mes disques comme à des bébés, mais le premier album c’est comme une première pierre. C’est intéressant pour moi de le revisiter, de me dire que je vais jouer des chansons que je n’ai pas jouées depuis des années. Je veux qu’il y ait beaucoup de musique, qu’elle soit au centre ce soir-là. Ca fera dix ans presque jour pour jour ; j’ai envie de faire la fête. Et puis, je pense que ça fait du bien dans la vie de tout le monde de se retourner sur quelques années. Pour moi, c’est l’occasion de remettre les mains dans ces musiques-là, dans la manière dont ça a été composé. Et de retravailler avec le violoncelle : c’est un élément que j’avais mis en avant dans le premier album avec la présence de Pierre Bourgeois. Là, Olivier Koundouno sera sur scène avec moi. C’est un violoncelliste qui travaille beaucoup avec Emily Loizeau. Il accompagne aussi Dick Annegarn sur sa tournée. Et il y aura Yann Coste, du duo Fills Monkey, à la batterie. C’est aussi lui qui joue sur la BO de Contact.

Toujours la famille !

Oui, ce sont des gens qu’on connaît, qu’on a croisés, avec qui on aime jouer. En plus d’être un garçon absolument exquis, Olivier Koundouno est un excellent violoncelliste ; il est d’une justesse irréprochable. Sur des choses très acoustiques, c’est agréable d’avoir un violoncelliste qui joue très juste parce qu’ils sont rares.

Tu réédites pour l’occasion ton premier album, avec des inédits…

On a retrouvé quelques inédits, oui. J’aimerais être comme les Pixies : entrer en studio, faire quarante titres et n’en retenir que douze, mais tout est écrit avant d’entrer en studio. Donc, je n’ai pas grand-chose de côté... mais quelques morceaux quand même ! Et puis j’aimerais bien refaire un Lizünde collection(2), le volume n°3, à base d’autres moments d’improvisation que j’ai répertoriés. J’aimerais qu’il figure dans la prochaine édition digitale du premier album.

Tu sors aussi un vinyle collector de six titres…

Cette compilation balaie un peu tout ce que j’ai fait, avec une version live d’un morceau du premier album, un studio, deux morceaux de la BO de Contact, etc. C’est un petit objet syncrétique - un 78 tours - avec des choses que j’ai faites, des choses que je fais maintenant ;  bref, une espèce de collage.

Avec qui aimerais-tu chanter en duo  ?

J’ai fait récemment un petit duo avec Jeanne Added, pour un vinyle qui va sortir le jour du « disquaire day »(3). Sinon - sans lui lécher les bottes -, j’adorerais faire un duo avec Dominique A que j’admire énormément. C’était tellement agréable de passer le peu de temps que j’ai passé avec lui(4) ! Et je trouve qu’on a des timbres de voix qui peuvent fonctionner musicalement.

L’an dernier, tu nous disais vouloir trouver d’autres écrins pour ta langue, le klokobetz, et pourquoi pas une forme romanesque. Ce projet a-t-il avancé ?

J’y travaille, mais c’est hyper long. J’écris et je balance, je réécris, je balance à nouveau. Là, j’ai arrêté d’écrire et je lis.Je ne suis pas écrivain ; c’est super dur ! Je suis dans une phase balbutiante, de répertorier des formes de phrases. Je suis extrêmement insatisfait d’être trop pluriel dans ma manière d’écrire. Faire un plan du livre, je pense que j’y suis presque. La difficulté, c’est le composer : comment rester constant dans l’écriture, dans le style ? Je n’ai pas confiance en moi, dans mon vocabulaire. Je ne suis pas du tout issu d’une famille littéraire, même s’il y a comme une musique que j’entends et que je vais arriver, à un moment donné, à mettre en forme. Mais j’ai compris, grâce à Amour massif, que le klokobetz n’est pas perdu pour la musique. J’ai fait un pas de côté, peut-être justement pour échafauder une tourelle qui me permette d’observer d’un angle différent ma manière de faire de la musique, de l’interpréter, pour mieux revenir ensuite vers ma langue. Dans Contact, je chante en klokobetz parce que Philippe Découflé me l’a demandé : j’ai donc écrit des choses et traduit des textes de Goethe en klokobetz ; un peu ardu, mais très rigolo à faire !

L’an dernier, tu parlais du klokobetz comme une page d’enfance que tu refermais…

Oui, c’est pour ça que c’est intéressant de se revoir, parce que les choses bougent et le regard des autres aussi. Je n'ai jamais autant parlé de ce langage que depuis l'existence d'Amour Massif. Il a brillé par son absence en quelque sorte. Je dois admettre que c’est quelque chose qui me définit aux yeux des gens. On ne peut pas aller contre ça. Ca fait partie de moi et c’est une manière de m’accepter moi-même plutôt que de me fuir.

Donc l’album auquel tu t’attaques à l’automne…

Il sera tout en klokobetz ! (rires) C’est possible.

Tu écrivais aussi une pièce avec le poète Anne-James Chaton. Où en êtes-vous ?

On s’y remet ces jours-ci ; ce sera pour 2016. Il s’agit d’une pièce-performance autour d’un texte d’Anne-James à paraître, sur la vie de plusieurs icônes féminines du XXe siècle. On sera tous les deux sur scène et il y aura aussi de la danse...

— Cécile Almendros

1 – Lire notre interview de Nosfell du 11 mars 2014.

2 – Lizün - qui signifie « musique » en klokobetz, la langue inventée par Nosfell - sont des moments d’improvisation pendant les concerts. Lizün Collection Volume I est inclus dans l’album Oklamindalofan, Live in Bruxelles et Lizün Collection Volume II, dans une édition limitée de Kälin Bla Lemsnit Dünfel Labyanit.

3 - Le 18 avril 2015.

4 – Dominique A a écrit deux chansons d’Amour massif : Même si la mer ne dit rien et  Dans des chambres fantômes.

Le 2 Mars 2015 par Cécile Almendros

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