Le Chant du berceau

Dans un émouvant spectacle dédié à Liszt, Pascal Amoyel pose un regard d’enfant sur le père du piano moderne.

Le pianiste Pascal Amoyel est actuellement au Théâtre du Ranelagh jusqu’au 28 février pour un spectacle qu’il a écrit (et mis en scène par Christian Fromont), intitulé Le Jour où j’ai rencontré Franz Liszt.  Suite au succès du « pianiste aux 50 doigts », Amoyel continue de développer une autre forme de récital.

Magie

Dans un monologue-récital contant l’histoire du compositeur et père du piano moderne, Amoyel évoque également Cziffra - son maître (élève d’un élève de Liszt : István Thomán) - et se remémore sa propre découverte fascinée et son appropriation du compositeur. Le spectacle est tendre, sincère, émouvant et drôle.

Avec la magie pour fil rouge, Amoyel nous dit l’essentiel et nous rappelle avec bonheur ce que l’on vient chercher en musique, ce que l’amateur désire, ce que le professionnel oublie parfois, voire souvent : l’émerveillement, celui que nous procure l’écoute simple des sons.

Pour cela, il faut passer par le regard de l’enfant : « Le regard neuf de l’enfant sauve même les trottoirs de l’usure », disait Romain Gary. Et Amoyel, avec une grande justesse d’interprétations (musicale et théâtrale), se remet dans la peau de l’enfant qu’il a été, découvrant Liszt.

Ce qui donne lieu à une jolie mise en abyme lorsqu’il incarne l’enfant-Liszt jouant la tartine de beurre de Mozart.

Grâce

Tout au long du spectacle et par de fréquents allers-retours dans le temps, il nous livre donc un répertoire varié censé illustrer l’évolution de Liszt. Nous retiendrons tout particulièrement le moment de grâce incarné par le prélude BWV 853 en mi bémol mineur de Bach et le très habité et mystique Saint-François de Paul marchant sur les flots de Liszt.

Cette dimension spirituelle du pianiste-compositeur et son aspiration au silence (arrêt des concerts à trente-cinq ans) sont particulièrement mises en valeur lors du point final, qui n’est autre qu’un point d’orgue, ce Chant du berceau - la dernière œuvre de Liszt -, sorte de retour à l’enfance, à l’essentiel. Avec une authenticité rare, Amoyel se lève alors, sincèrement ému, comme s’il découvrait pour la première fois ce petit chef-d’œuvre.

Pour résumer, un spectacle à  voir absolument,  qui questionne aussi en filigrane cette attirance-répulsion de l’interprète pour la scène ; et qui parlera au musicien chevronné comme au néophyte découvrant Liszt. Pascal Amoyel, musicien accompli, est assurément l’un des artistes les plus émouvants et authentiques de sa génération.

— Laurianne Corneille

Le 18 Décembre 2015 par Laurianne Corneille

Partager cette page