Jamais trois sans quatre

Formation incontournable du répertoire de musique de chambre, le quatuor fascine bien au-delà des portes de conservatoire et salles de concerts. De Haydn à Hollywood, focus sur une mythologie musicale classique...

A l’occasion de l’accueil en résidence numérique du 11ème Concours international de musique de chambre de Lyon du 23 au 26 avril, penchons-nous sur l’esthétique sociale et psychologique du quatuor, ainsi que sur l’intérêt suscité par cette formation : très prisée par les connaisseurs, elle attire tout autant le néophyte.

Formation reine par excellence, elle se démarque du trio qui met en scène trois individualités fortes pouvant s’apparenter à trois solistes. Dans un quatuor, les individualités doivent se muer en fraternités décisives. Même le rôle de leader du premier violon est tout à fait  dépendant des trois autres instruments.

 « A late quartet1 », film de Yaron Zilberman sorti en 2012, en est le témoignage. Partant de la maladie de Parkinson à laquelle le violoncelliste doit faire face, le film raconte  l’équilibre précaire et soudain menacé du petit groupe, dont la psychologie s’inscrit à mi-chemin entre une relation familiale et une relation de couple. Car la dynamique des concerts, lorsqu’elle est soutenue, crée très vite un système aliénant,  au sein duquel les intéressés peuvent étouffer.
C’est un exercice difficile que de traverser les années en tentant de changer le moins possible les membres du quatuor, sous peine d’en modifier l’identité sonore.

Ce n’est pas un hasard si le quatuor opus 131 de Beethoven traverse le film : œuvre d’une densité presque inhumaine demandant aux interprètes d’enchaîner les mouvements d’un bout à l’autre ; métaphore du quatuor : le jeu - l’enjeu même -, c’est de tenir.

Cette tension, cet équilibre et ce défi - palpables, auréolés de magie lorsque le cocktail est réussi - exercent sur le public une fascination aiguë. Le nombre de films sur la musique de chambre n’est pas si conséquent, et le fait qu’un film « grand public » sur le sujet ait pu voir le jour n’est pas anodin.

Gageons que cette formation, qui connaît actuellement une belle expansion, saura continuer de faire rêver le public tout en inspirant les compositeurs.

— Laurianne Corneille

1 - "Le Quatuor", titre français du film

Le 23 Avril 2015 par Laurianne Corneille

Partager cette page