Guerre et Paix

Mercredi dernier à la Cité de la Musique était donné "Le Soldat Inconnu" de Georges Aperghis, une création pour baryton et ensemble inspirée d’un fragment de Kafka évoquant la construction de la tour de Babel et les guerres qui l’ont accompagnée.

Dans le cadre du cycle "Guerre et Paix", proposé à la Cité de la Musique en commémoration de la Grande Guerre, deux œuvres se faisaient face ce mercredi 12 novembre : L'Histoire du soldat de Stravinski (bientôt cent ans) et Le Soldat Inconnu d'Aperghis (création française). Le tout servi par l'excellent ensemble Ictus et l'épatant Lionel Peintre, en récitant et baryton.

Alors que le texte de Ramuz - pour Stravinski - raconte l'histoire d'un soldat qui vend son "violon" au diable après avoir beaucoup marché, le texte de Kafka - qui sert de base au Soldat Inconnu - commence comme un vertige, une hallucination.
D'un effectif réduit dû aux privations d'après-guerre pour Stravinski (sept musiciens et un récitant), on passe à un ensemble plus étoffé pour Aperghis (deux violoncelles, une clarinette et un piano en plus), "pour se sentir plus chez lui et moins chez Igor" selon ses propres mots.
L'écriture aiguisée, dépouillée, de Stravinski (qui correspond à l'époque à une nouvelle période de sa production artistique), prépare merveilleusement à celle d'Aperghis, plus paroxystique et pétrie de quarts de tons et de parlé chanté.
 
Mais là où L'Histoire du soldat énonce, narre, Le Soldat Inconnu déchiquète, éparpille le langage - au passage un savant mélange d'anglais, français, allemand, italien, grec...
Le traumatisme vécu par le soldat inconnu, qui se met soudainement à raconter le mythe de la tour de Babel sonne comme une folie jusque dans le mot "traqué" et "vidé".
 
Après le concert, et lors d'un entretien avec le public, Aperghis évoque le grotesque nécessaire pour surmonter un traumatisme.
Mais surtout, il explique qu'après avoir lu le texte de Kafka sur le mythe de Babel, il a aussitôt pensé à l'Europe et au fait qu'une envie de bonheur pour tous les peuples pouvait mener à cet enfer, ginalement comme un écho au texte de Ramuz lorsque le soldat est emporté définitivement par le diable :"On n'a pas le droit de tout avoir" ou "Un bonheur est tout le bonheur. Deux, c'est comme s'ils n'existaient pas."
 
Aperghis ou les réflexions sur l'origine du mal ?
 

— Laurianne Corneille

Le 14 Novembre 2014 par Laurianne Corneille

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