Gould à contretemps

 Une BD délicate de Sandrine Revel esquisse un portrait de Glenn Gould teinté de poésie.

 

Véritable biographie - Glenn Gould, une vie à contretemps -, la bande dessinée de Sandrine Revel colle au plus près de la vie de celui qui ne fut pas seulement un immense pianiste mais aussi un visionnaire par sa compréhension et son utilisation des nouveaux médias et technologies, un génie de la communication au sens large, résolument en avance sur son temps.

 Solitude paradoxale

Certes, l’ouvrage n’apportera pas de nouveaux éléments aux connaisseurs. Mais son point de vue sensible et intelligent ouvre un espace de compréhension concernant un artiste dont l’attitude générale pouvait dérouter la plupart des gens.

La bande dessinée - aux couleurs plutôt sombres (voire éteintes), délicate dans le trait comme dans le propos - esquisse pudiquement l’hyperesthésie et la solitude paradoxale du personnage. Par des dessins presque figés, Revel réussit - en restant extrêmement fidèle aux meilleures biographies et interviews qui nous sont parvenues - à dresser un portrait psychologique illustré ça et là par des bulles fantasmagoriques, des moments de poésie où le décor se mélange à la psyché de Gould, dans une rêverie assumée.

À cela s’ajoutent des allers-retours entre différents moments clés de sa vie : ses concerts, son enfance, son état final de mort cérébrale...

Anachronisme

Ce temps décousu - associant réalité et rêverie - sert donc un portrait qui « infuse », laisse une impression assez authentique au lecteur. Hors du temps, à contretemps  comme le dit si bien le titre qui, au-delà du terme musical, projette Gould à la fois en marge et dans un ailleurs, comme un anachronisme.

 

— Laurianne Corneille

Glenn Gould, une vie à contretemps, de Sandrine Revel, éditions Dargaud.

Le 18 Mai 2015 par Laurianne Corneille

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