Good morning, Britten

Le centième anniversaire de sa naissance permet de réveiller la mémoire de Benjamin Britten, compositeur fécond et inventif.

Les anniversaires et autres commémorations, au-delà de leur caractère élogieux, ont ceci d'intéressant qu'ils permettent, par de larges programmations, la découverte - voire la redécouverte - de plusieurs œuvres d'un même artiste. C'est le cas de Benjamin Britten, dont on a célébré en novembre 2013 le centenaire de la naissance.

Succès d’emblée

Disparu en 1976, le compositeur et chef d'orchestre britannique a laissé une œuvre foisonnante, qui  lui vaut d'être considéré comme le seul grand musicien anglais depuis Henry Purcell - à qui d'ailleurs il vouait une sincère admiration.

Cette réputation, Benjamin Britten l'acquiert dès le début de sa carrière. Né dans le Suffolk, à Lowestoft, c'est à l'âge de quatre ans qu'il reçoit de sa mère ses premières leçons de musique, avant de devenir vers quinze ans l'élève du compositeur Franck Bridge. Après diverses pièces bien accueillies – œuvres vocales, chorales, orchestrales, musique de chambre –, la reconnaissance internationale arrive en 1945 avec la création de Peter Grimes, son premier opéra, au Sadler’s Wells de Londres ; un succès triomphal qui ne se démentira pas, épousant toutes les évolutions musicales et esthétiques du compositeur.

Un inventeur

Si Britten est souvent cité pour ses pièces opératiques, ses autres compositions participent de la même intensité, telles ses Suites pour violoncelle qu'interprète actuellement Sonia Wieder-Atherton. Interrogée sur la place qu'occupe pour elle le compositeur dans le paysage musical, la violoncelliste évoque « un inventeur, dont toute la force vient de son amour pour les êtres humains, pour leurs histoires, leurs souffrances, leurs contradictions, leurs dualités, et que c’est ce qu’on entend avant tout dans sa musique ; comme si pour donner une voix à tous ces êtres, il avait inventé un langage. »

Ce langage - où la complexité n'empêche ni l'engagement ni la vitalité - s'affiche actuellement à travers diverses propositions. De l'interprétation de Sonates à l'opéra de Lille, à Danses Nocturnes - programme réunissant Sonia Wieder-Atherton et Charlotte Rampling -, en passant par la partition de The Young Person’s Guide to the Orchestra, à la moulinette de l'univers rock'n'kid de Vincent Malone à la salle Pleyel, toutes les voix s'accordent sur Britten.

©Marthe Lemelle

Théâtre d’opéra

Parmi cette offre pléthorique, l'une des plus imposantes est sans aucun doute le Festival Britten, qui réunit à l'Opéra de Lyon trois opéras : Peter Grimes, Le Tour d’écrou (1954) et Curlew River (1964). Dirigés pour les deux premiers par Kazushi Ono et pour le troisième par Alan Woodbridge, ces œuvres sont, quoique écrites sur une période de vingt ans, traversées par le même engagement. Comme l'explique le directeur général de l'opéra de Lyon, Serge Dorny, on y retrouve les thématiques de « l'étranger face à une société » dominée par les clans, le puritanisme, le jugement, ainsi que la quête du versant théâtral de l'opéra : « [Britten] investit dans le théâtre d'opéra plus que dans le chant d'opéra (…), il ne cherche pas le geste vocal, il cherche à ce que la voix touche. » Des caractéristiques qui démontrent – s'il était besoin – le caractère novateur et progressiste, sur le fond comme sur la forme, de ce compositeur.

 

— Caroline Châtelet

Crédit Photo : Benjamin Britten, archivio foto seghizzi CC BY-NC 2.0

Le 20 Mars 2014 par Caroline Châtelet

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