Dans la chambre d'Amy

Plus qu’un documentaire musical, le film d’Asif Kapadia est centré sur la vie personnelle de la chanteuse morte prématurément.

Affiche du film Amy, sortie DVD le 2 décembreAmy. Amy Winehouse bien sûr… qui d’autre ? La star anglaise, partie trop tôt il y a quatre ans - rejoignant ainsi le célèbre club des rock stars décédées à 27 ans -, a su se faire un prénom.

Gamine rigolote

Documentaire d’Asif Kapadia, Amy se penche sur la trajectoire de cette étoile filante passionnée de jazz qui aimait chanter plus que tout. Plus qu’un documentaire musical, c’est avant tout un film sur l’histoire personnelle d’Amy Winehouse : de son appart en colocation (payé grâce à ses premiers contrats) à la consécration des Grammy Awards - en passant par ses cures de désintoxication et le feuilleton de sa vie sentimentale -, il est étonnant de voir à quel point sa vie a été documentée, tant les images abondent.
Le documentaire s’ouvre en effet sur le visage d’une ado de seize ans qui souffle ses bougies avec ses deux meilleures copines, qui l’accompagneront avec bienveillance jusqu’à sa mort. Repérée pour son talent vocal et son charisme précoces, Amy se rêve chanteuse de jazz, et enregistre ses premières maquettes en studio, déjà suivie par une caméra.
Gamine plutôt rigolote dotée d’un bon sens de la répartie, elle fustige les arrangements de ses premiers titres trop pop à son goût… en pleine interview radio pour la promotion de son album !

Piège médiatique

La réussite et l’originalité du documentaire tiennent principalement à ce qu’il révèle la mue de l’apprentie chanteuse, qui déclare humblement qu’elle ne supporterait pas de devenir une star. Le succès viendra néanmoins très rapidement, dans les disproportions que l’on connaît.
Débordant de sollicitations, elle sombre dans une dépression profonde, et ne puise la force de monter sur scène que ivre et droguée. Partageant ses addictions avec son mari, la chute semble inéluctable.
Le destin d’Amy Winehouse, poursuivie par les paparazzis, n’est pas sans rappeler celui de Lady Di. Si sa mort n’est pas directement reliée à la presse tabloïd, le documentaire invite à s’interroger sur les limites du voyeurisme journalistique à tout prix. On ne peut qu’être choqué par ces images où la star, au plus mal physiquement et psychologiquement, reste de longues secondes complètement hébétée et figée en sortant de chez elle devant les flashs crépitants d’une horde de paparazzis, tel un animal pris dans la lumière des phares d’une voiture.

Courte rémission

Le documentaire développe ainsi une certaine empathie pour son sujet. On a beau connaître la fin, on se prendrait presque à espérer un autre dénouement : que Amy vainque ses démons et s’en sorte. La chanteuse aura tout de même une courte période de rémission - suite à une cure de désintoxication - pendant laquelle elle raflera cinq Grammy Awards pour son second album Back to Black - l’un des prix lui étant remis en duplex vidéo par Tony Bennett, légende du jazz à qui elle voue un véritable culte.

Elle confie cependant à cette occasion ne plus parvenir à trouver de plaisir en étant sobre. La chute est annoncée. Quelques mois avant sa mort, elle finira par rencontrer son idole en enregistrant un duo avec lui. Ne sachant contenir son émotion, la star charismatique semble redevenir, le temps d’une séance de studio, cette gamine humble qui rêvait de devenir chanteuse de jazz…
Amy, à défaut de rentrer véritablement dans l’univers musical de l’artiste, nous permet de mieux comprendre son histoire, et de dépasser les raccourcis sur ses frasques tristement célèbres. Quant à ceux qui ne connaîtraient pas sa voix incroyable, on ne peut que leur recommander d’écouter ses albums…

— Hannelore Guittet

Crédit photo :

A la Une : George Alborn (CC BY-NC-SA 2.0)

 

Le 3 Décembre 2015 par Hannelore Guittet

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