And the beat goes on...

Accompagnée de Charles Berling, la pianiste Shani Diluka embarque les plus grands compositeurs américains sur la route de Kerouac, le plus célèbre « poète beat »…

Comment s’est construit ce programme, Kerouac ou les routes de l’interdit ?

Il puise son origine dans le programme de mon dernier disque - Road 66 - conçu pour le disque officiel de la Folle Journée 2014 et plusieurs de ses concerts dont la thématique était l’Amérique. J’avais voulu profiter de cette occasion pour construire un programme original, mêlant le classique et le jazz que j’ai toujours beaucoup écoutés. Dans son récit, Kerouac s’inspire de la culture du be-bop et du free jazz - en évoquant notamment Charlie Parker -, mais il cite également Beethoven dans ce même livre. Le Festival d’Ile de France m’a invitée à pousser plus loin encore le lien avec l’œuvre de Kerouac, en élargissant la dimension du récital à un concert-lecture.

Aviez-vous déjà collaboré avec Charles Berling ?

Non, ce sera une première ! Charles Berling a tout de suite accepté et c’est un véritable plaisir de travailler avec lui. Il a écouté le disque et nous avons beaucoup échangé pour le choix des extraits, la construction des enchaînements… J’apprécie sa sensibilité à la musique et son humilité à l’approche du texte. Nous avons voulu penser ce concert-lecture comme un voyage, sans applaudissements, pour embarquer les spectateurs avec nous dans cet univers si fort, cette quête existentielle à laquelle Kerouac nous invite dans son œuvre.

 Y a-t-il une « musique des mots » chez Kerouac ?

Absolument. Son écriture est très poétique. Kerouac a écrit Sur la route, sur un rouleau d’un seul tenant, sans paragraphe ni chapitre. Le flot de son écriture se rapproche ainsi du langage musical. Nous avons donc cherché - avec Charles - à souligner cet aspect dans les transitions du spectacle. L’énergie des mots renvoie à celle de la musique. Le rendu est très contrasté, avec des pièces assez douces, et d’autres plus violentes.

"L’énergie des mots renvoie à celle de la musique."

Une esthétique commune se dégage-t-elle malgré tout de ces œuvres ?

De même que Kerouac est un poète maudit qui a côtoyé toute l’humanité (des intellectuels, des ouvriers, des prostituées, etc.) pour la retranscrire avec ses propres mots, la musique américaine - qu’elle soit classique ou jazz - s’est nourrie de la culture populaire. Le jazz - on le sait - est né de la souffrance du peuple noir, mais la musique classique aussi s’est beaucoup imprégnée de l’histoire américaine sous l’angle des minorités opprimées - comme en témoignent Porgy and Bess de George Gershwin ou Appalachian Spring de Aaron Copland, par exemple. Bien que chaque compositeur ait son langage propre, les passerelles entre le jazz et le classique sont évidentes. Il se dégage ainsi une identité musicale très forte aux États-Unis, tout au long du XXe siècle.

On imaginerait facilement ce spectacle accompagné d’une scénographie vidéo…

J’aime l’idée d’inviter les spectateurs à un voyage imaginaire, et le Festival d’Ile de France a eu cette magnifique initiative d’organiser le concert-lecture dans un décor propice à cette évasion - à la Rotonde des locomotives, à Longueville. Certaines œuvres à l’esthétique répétitive - de John Adams, John Cage, Philip Glass - illustrent parfaitement le côté lancinant des longs voyages ; les images viennent d’elles-mêmes. Le plus beau compliment que l’on m’a fait sur l’album est d’ailleurs précisément que c’est un disque que l’on a envie d’écouter en voiture !

 

— Hannelore Guittet

Crédit Photo :

© Balazs Borocz | Pilvax Studio

Le 9 Septembre 2014 par Hannelore Guittet

Partager cette page