#1. Autopsie d'un malaise

DOSSIER | Accords et désaccords : Malgré quelques avancées, la musique contemporaine continue de susciter le malaise chez une grande partie du public et bon nombre de musiciens de tradition classique. NoMadMusic se propose de donner la parole à quelques acteurs engagés du milieu musical de la création contemporaine :  Aurélien Dumont, Simon Martin, Isabelle Bozzini, et Vincent Manac'h.

 

Piano préparé |  B. Hollins CC-BY-ND-2.0

« Inaudible », « décousue », « du bruit », « il n’y a pas de mélodie »… La généralisation engendre l’incompréhension et les clichés. Beaucoup d’auditeurs ne se sont jamais remis du choc de l’atonalité, il y a plus de cent ans. Or, le terme de musique contemporaine englobe toute la musique écrite aujourd’hui, issue de tradition dite classique. Les langages y sont presque aussi variés que le nombre de compositeurs. Il n’existe pas une musique contemporaine, mais plusieurs. Dire que l’on n’aime pas cette musique est aussi absurde que d’affirmer qu’on déteste les musiques du monde.

Formation lacunaire

Chez les comédiens, la création de textes nouveaux et l’étude du répertoire contemporain font partie intégrante de la pratique et de la formation. Les musiciens de tradition classique semblent beaucoup plus conservateurs à cet égard (ainsi que l’affirme Isabelle Bozzini dans son interview). Les conservatoires, le poids de la tradition romantique, le répertoire étudié et la formation du musicien - qui tend cependant à changer – portent une lourde part de responsabilité. Si les musiciens ne s’initient pas à la musique nouvelle pendant leurs études, ils risquent fort de répugner à s’y plonger plus tard.

Prétexte ?

Les programmateurs sont tout aussi fautifs. Le public susceptible d’être intéressé par un programme de musique nouvelle n’est, en effet, pas forcément le même que celui des concerts classiques traditionnels. Insérer tant bien que mal une œuvre contemporaine sans égard pour le reste du programme, la cacher entre quelques hits afin de ne pas faire peur aux amateurs de « belle musique », ne favorise pas un contexte propice à la découverte, à l’écoute et à la compréhension d’un nouveau langage. Loin de contribuer réellement à la démocratisation de ces œuvres, ce choix n’est-il pas plutôt prétexte à recevoir quelques subventions ?

 Graphic Music | G. Rohs CC-BY-NC-ND-2.0

Perte de repères

La musique est un art éminemment abstrait. Dans un univers essentiellement visuel, écouter activement demande un réel effort. Confronté à un matériau sonore inconnu, la perte de repères peut être complète. La plupart des ensembles de musique contemporaine l'ont compris et s’associent fréquemment à d’autres formes d’art, plus parlantes, plus imagées, afin de créer une sorte d’accroche, ou invitent les compositeurs à s’exprimer sur leur création. Sans clés d’écoute, on comprend aisément que certains soient déroutés…

Pour démocratiser ces musiques nouvelles, encore trop restreintes à un cercle d’initiés, la plupart des producteurs et des diffuseurs ont compris ces enjeux et s’efforcent de toucher un public croissant de curieux, avides de découvertes sonores. Si les Tate Modern, MoMA et Centre Pompidou ont réussi le pari de la démocratisation des arts visuels, la musique contemporaine peut aussi y parvenir à sa façon.

 

 

— Charles-Étienne Marchand

Crédit photo :

Photo à la Une : B. Hollins, Prepared piano, CC-BY-ND 2.0

Le 25 Février 2014 par Charles-Étienne Marchand

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