La note bleue

©Christian Ganet

Porté par un quatuor inspiré, André Dussolier transcende le mythe de Novecento, pianiste sur océan, au théâtre du Rond-Point.

Jusqu’au 27 novembre, André Dussolier reprend Novecento au théâtre du Rond-Point. La version théâtrale et musicale du monologue d’Alessandro Baricco, adaptée et mise en scène par l’acteur lui-même, lui avait valu le Molière 2015 du meilleur comédien(1).

Dussolier y est accompagné des excellents Elio Di Tanna (piano), Sylvain Gontard (trompette), Michel Bocchi (batterie, percussions) et Olivier Andrès (contrebasse) pour une mise en musique des mots par le jazz. On y entend aussi beaucoup d’incursions dans le répertoire « classique » au piano seul.

Habité, hébété

Embarqués de plain-pied dans la fabuleuse histoire de cet enfant né sur un bateau qui devient le plus grand pianiste au monde sans jamais avoir mis un pied à terre, nous sommes happés par le rythme effréné et la scansion du texte déployé par un Dussolier transcendé, physiquement habilité. Souvent effréné, parfois hébété, toujours poétique, le ton est multiple, et incroyable de beauté.

Merveilleusement accompagné par le quatuor, il forme par ailleurs une entité propre avec le pianiste Elio Di Tanna. Car c’est entre les mots du comédien et les notes du pianiste - au coeur de l’ineffable - que s’inscrit, que se vit le personnage Novecento.

 Liberté

Ainsi, des scènes nées dans le regard et la voix du comédien naissent et s’ancrent par la musique : mystique pour la scène de l’enfant à l’instrument ; fantastique dans celle du piano qui roule sur le bateau par nuit de tempête ; transcendentale enfin quant au duel aboutissant à « l’entité musique », matérialisée par la seule lumière...

Il s’agit bien d’un conte sur la liberté. Loin des volontés individuelles de dévorer son prochain, Novecento, épanoui avec ses 88 touches, refuse de se confronter aux autres virtuoses comme au monde ; il est simplement un homme traversé par les musiques, dépouillé de son ego, et jouant une musique « qui n’existe pas ». Pas plus que les mots à la hauteur des émotions ressenties lors de ce spectacle…

— Laurianne Corneille

1- Cette fiction avait d’ailleurs déjà inspiré le réalisateur Giuseppe Tornatore (La Légende du pianiste sur l’océan).

Chronique Le 29 Septembre 2016 par Laurianne Corneille